La plupart des conciergeries françaises n'ont pas la carte G et n'en auront jamais besoin. Encore faut-il tenir le modèle qui les en dispense, et le tenir vraiment, pas seulement sur le papier.
Ce guide décrit ce montage pas à pas. Pour comprendre d'où vient l'obligation et ce que dit exactement la loi Hoguet, commence par le guide complet de la conformité carte G. Ici, on passe directement à la mise en pratique.
Précision d'usage : ce texte est informatif et ne remplace pas l'avis d'un avocat.
Le principe en une ligne
Tu peux gérer des logements pour des propriétaires sans carte G tant que tu n'encaisses pas leur argent et que tu ne décides pas à leur place.
Tout le reste découle de ces deux interdits. Les prestations que tu vends, la façon dont tu factures, l'outil que tu utilises, les traces que tu conserves : chaque choix doit servir à démontrer que l'argent ne passe pas par toi et que la décision reste au propriétaire.
Étape 1 : le compte reste au nom du propriétaire

C'est le pilier du montage.
Le compte Airbnb, Booking ou tout autre canal est créé au nom du propriétaire, avec son identité et ses coordonnées bancaires. Les versements de la plateforme arrivent directement sur son compte à lui. Tu n'as jamais accès à ces fonds.
Sur Airbnb, tu interviens via la fonction de co-hôte, qui te donne des droits opérationnels sur l'annonce et la messagerie sans te donner accès aux paiements. C'est exactement l'usage pour lequel elle a été conçue, et c'est ce qui a rendu ce modèle viable à grande échelle.
Ce qu'il ne faut pas faire : créer le compte à ton nom en te disant que tu reverseras ensuite. Dès ce moment, tu encaisses pour autrui.
Étape 2 : le propriétaire garde la décision

Deux décisions lui appartiennent et ne peuvent pas t'être déléguées : accepter ou refuser une réservation, et fixer le prix.
Cela ne veut pas dire que tu le laisses seul. Ton rôle est de conseiller, et c'est même ta valeur ajoutée. Tu proposes une grille tarifaire construite sur ta connaissance du marché local. Tu recommandes d'accepter telle demande et de refuser telle autre. Tu alertes sur une période creuse.
La nuance est fine mais c'est elle qui fait tout : tu recommandes, il valide. Une recommandation validée par le propriétaire est une décision du propriétaire. Un prix que tu changes seul tous les quinze jours sans qu'il en sache rien est un acte de gestion.
En pratique, beaucoup de propriétaires disent qu'ils ne veulent pas s'en occuper. C'est là que le modèle se fragilise. Si la validation devient une formalité fictive, la réalité reprend le dessus sur le contrat.
Étape 3 : facturer tes prestations, pas prélever une commission sur les loyers
La différence est plus juridique que comptable, mais elle compte.
Tu émets une facture au propriétaire pour les prestations que tu as réalisées : accueil, ménage, linge, états des lieux, maintenance, gestion de la relation voyageur. Il te paie sur son compte, depuis les revenus qu'il a lui même perçus.
Tu ne prélèves pas un pourcentage sur des sommes que tu détiens, puisque tu n'en détiens aucune. Rien ne t'interdit d'indexer le montant de ta facture sur le chiffre d'affaires généré, c'est même l'usage. Ce qui change, c'est le sens du flux : c'est lui qui te paie, ce n'est pas toi qui te sers avant de reverser le solde.
Étape 4 : le contrat doit décrire ce que tu fais réellement
Un contrat de prestation de services, pas un mandat de gestion. Les deux mots ne sont pas interchangeables : le mandat de gestion est précisément l'acte que la loi Hoguet réserve aux titulaires de la carte.
Le contrat doit énumérer les prestations opérationnelles, préciser que le propriétaire conserve la maîtrise des tarifs et des réservations, indiquer que les revenus sont perçus directement par lui, et détailler ta rémunération et ses modalités.
Il doit surtout être vrai. Un contrat qui décrit un modèle que tu ne respectes pas dans les faits ne te protège de rien, il montre au contraire que tu connaissais la règle.
Étape 5 : conserver les preuves

C'est l'étape que presque personne ne fait, et c'est celle qui décide de l'issue d'un litige.
Le jour où un propriétaire conteste, la question ne sera pas de savoir ce que prévoyait ton contrat. Elle sera de savoir qui décidait réellement. Il te faut donc des traces.
Garde l'historique des validations de tarifs, même sous forme de messages. Garde la trace des réservations acceptées par le propriétaire. Garde tes factures de prestations. Garde tes relevés bancaires, qui montreront qu'aucun loyer n'y figure en entrée.
Un espace propriétaire où il consulte ses réservations, ses revenus et ses relevés fait ce travail tout seul. Chaque connexion, chaque validation devient une preuve datée que la décision lui appartenait.
Les cinq erreurs qui font s'effondrer le montage
Encaisser une seule fois, pour dépanner. Un propriétaire en voyage qui te demande de recevoir le versement à sa place, et le modèle est rompu pour cette relation.
Détenir un chèque de caution. Même sans l'encaisser, même rangé dans un tiroir. Le rapport FNAIM d'avril 2026 le classe explicitement parmi les actes réservés à la carte G.
Ajuster les prix librement. C'est l'erreur la plus fréquente et la plus difficile à corriger, parce que c'est souvent ce que le propriétaire attend de toi.
Créer le compte de la plateforme à ton nom. Par commodité, pour aller plus vite au démarrage. C'est le point de non retour.
Rédiger les annonces à sa place. Le rapport FNAIM le range aussi du côté réservé, ce qui surprend beaucoup de professionnels.
Est-ce que ce modèle est solide sur le long terme
Oui, à deux conditions.
La première est la discipline. Un modèle qui repose sur la répartition des rôles s'érode naturellement avec le temps et la confiance. Au bout de deux ans, le propriétaire ne regarde plus rien et tu décides de tout. Le contrat n'a pas changé, la réalité si.
La seconde est la taille. Au delà d'une vingtaine de logements, l'obligation de faire valider chaque tarif et chaque réservation devient une charge lourde, et la tentation de trancher seul devient forte. C'est le moment où beaucoup de conciergeries basculent, souvent sans s'en rendre compte, et où la carte G devient un vrai sujet.
Ce qu'il faut faire dès cette semaine
Vérifie au nom de qui sont ouverts tes comptes de plateforme, logement par logement. C'est le contrôle le plus rapide et le plus révélateur.
Regarde tes trois derniers relevés bancaires et cherche des entrées qui ressemblent à des loyers. S'il y en a, tu n'es pas dans ce modèle, quoi qu'en dise ton contrat.
Reprends un contrat au hasard et demande toi s'il décrit ce que tu fais vraiment.
Mets en place une trace des validations, même rudimentaire. Un fil de messages daté vaut mieux que rien.
Pour le cadre juridique complet, les sanctions encourues et les deux autres voies de mise en conformité, le guide complet de la conformité carte G traite le sujet en détail.
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Publié le 5 août 2026. Information générale, ne constitue pas un conseil juridique.




